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Editorial












La gastronomie : entre bouchons et mâchons.

Il est une image d’Épinal bien ancrée dans les esprits : Lyon, capitale de la gastronomie. Loin d’être une autoproclamation des lyonnais, cette image est bel et bien fondée.

Lyon a la chance d’être au centre d’une région dont la variété du terroir offre une multitude de produits frais. Les cuisiniers et les mères (cuisinières) peuvent piocher à loisir dans cet immense vivier. Cette tradition du bien manger trouve ses racines dans les célèbres bouchons lyonnais. L’Histoire nous enseigne que Lyon, carrefour entre le nord, le sud, l’est et l’ouest, devint à partir du XVIe siècle un relais indispensable autant pour les voyageurs que pour leurs chevaux. Pendant que les hommes se restauraient et se reposaient, les chevaux se faisaient “bouchonner” la panse à l’aide d’une botte de foin. En réalité, les cabarets de Lyon étaient ornés d’une grappe de pomme de pin ou d’un bouquet de paille représentant une bouche. Ce signe distinctif indiquait aux voyageurs que l’on pouvait y boire du vin. la patine du temps fit le reste : la bouche est devenue le bouchon. On y mange toutes sortes de lyonnaiseries : du tablier de sapeur aux andouillettes, de la cervelle de canut au Saint-Marcellin. Afin de préserver l’image du bouchon et la qualité de ses mets, l’association des Authentiques Bouchons lyonnais décerne un label aux bouchons de France et de Navarre.

Autre facette de la bonne bouffe à Lyon, les mâchons. Ces casse-croûte matinaux remontent au XIXe siècle. Lyon s’industrialise à tous va. Les auberges proposent aux ouvriers et notamment aux soyeux, clientèle aux horaires décalés, de copieux en-cas. Les mâchons permettaient aux patrons et aux ouvriers de partager la même table. Les ouvriers ont quitté Lyon, mais le mâchon est resté.

On ne peut terminer ce rapide tour d’horizon de la gastronomie sans évoquer les “mères”. Cuisinières de grandes familles, elles se mirent à leur compte après les banqueroutes de leurs patrons. Simple mais copieuse, leur cuisine émoustille les papilles des gastronomes. Dommage que les écoles hôtelières au recrutement essentiellement masculin ne mettent en péril ces robustes cuisinières lyonnaises.


magie et sorcellerie

Longtemps associée à Prague et Londres à cause du brouillard étouffant qui régnait sur ces cités, Lyon a la réputation d’être une ville magique. Les symboles sont partout. La légende veut que Lyon fut fondée par le Dieu Lug. Au confluent du Rhône et de la Saône, encastrée entre deux collines, la ville serait traversée par toutes sortes d’énergies occultes. Le vieux Lyon est aussi marqué par une opposition antinomique : Saint jean, le quartier solaire et Saint-Georges le quartier lunaire. La rumeur veut que des jeunes filles vierges aient été sacrifiées dans un passé pas si lointain... Grand centre de compagnonnage au Moyen Âge, Lyon est encore un haut-lieu de la franc-maçonnerie. Qui plus est, l’urbanisme des vieux quartiers renforce l’intimité et le secret. Par manque de place, les immeubles sont élevés et les rues étroites.

Nostradamus ne fit-il pas imprimer ses prophéties à Lyon ? Le Maître Philippe, magnétiseur et guérisseur, partit au chevet du tzarévitch hémophile afin de le soulager. Aujourd’hui encore, les Lyonnais se pressent, la nuit venue, sur sa tombe pour implorer Maître Philippe. Au petit matin, sa tombe est maculée de petits papiers qui sont autant de témoignage de reconnaissance. Mais, chut ! personne n’est au courant.

Les confréries

On ne le répétera jamais assez : la région Rhône-Alpes présente une palette de choix viticole importante. Beaujolais, Côte du Rhône, Coteaux du Lyonnais.... Fort de leur histoire et de leurs traditions, les viticulteurs se rassemblent au sein de confréries dont la vocation est de rendre hommage aux différents crus et à leurs appellations.

Il est impossible de toutes les présenter tant elles sont nombreuses et diverses. Les modalités d’intronisations sont différentes. Quelques unes se dégagent toutefois.
- LesCompagnons du Beaujolais, fondée le 28 juin 1948, est sans doute la plus ouverte des confréries du Beaujolais. Gilet noir, chapeau rond et long tablier vert de vigneron. Les compagnons, véritables missionnaires, n’hésitent pas à prendre leur bâtons de pèlerin pour aller vanter les mérites de leur breuvage au quatre coins du monde. Mais surtout, les Compagnons font entrer dans leur confrérie de nouveaux impétrants, pour peu que ces derniers attestent de leur volonté de la rejoindre.
- À l’heure de la parité en politique, les Grapilleurs des Pierres Dorées montrent le chemin. Depuis longtemps déjà, les vigneronnes sont admises en leur sein. Il en est de même dans le groupe folklorique La Grappe fleurie qui réunit une quinzaine de filles et fils de Vignerons, souvent vignerons de métier. Amateurs de Beaujolais, ils n’hésitent pas à pousser la chansonnette à la gloire de leur vin.
- Mieux encore, Les Demoiselles de Chiroubles est une confrérie exclusivement réservée aux femmes.
- Les Amis de Brouilly sont , quant à eux, issus de la réunion d’un groupe d’amis au sommet de la colline de Brouilly. Ils prirent l’habitude, dans les années 20, d’y festoyer autour d’un pique-nique. Dans les années 70, ces réunions informelles s’institutionalisent. La confrérie des Amis de Brouilly est née.
-Les Côtes du Rhône ne sont pas en reste. Créée en 1996, la Centurie de Probus, d’inspiration Gallo-romaine, n’a de cesse de rappeler que l’Empereur Probus, amoureux de ce vin d’exception, réussit à rassembler les tribus gauloises autour d’une passion commune : le Côte-Rôtie.

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